C’est la rentrée – & Claude Allègre

Pour cette semaine de rentrée, je voudrais faire un petit récapitulatif des grands moments de l’année écoulée, voici un petit condensé ; des extraits signés Claude Allègre.
Vous pouvez trouver tous ces articles sur le site de l’Express.

Les chroniques de Claude Allègre sur l’Express
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=435208

Claude Allègre :
Élu Membre de l’académie des sciences le 6 novembre 1995
Professeur à l’université Denis Diderot
Institut de physique du globe de Paris
Tour 24 – BP 89 – 4, place Jussieu
F-75252 Paris Cedex 05

Biographie :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_All%C3%A8gre

Citation – Introduction à Un peu de science pour tout le monde.
« Dans un monde que la rationalité façonne, l’irrationalité tend à prendre le pouvoir, comme le montre l’essor sans précédent des astrologues, cartomanciers, et sectes de tout poil. La raison principale de cette dérive est qu’au nom d’une spécialisation nécessaire et toujours exigeante, les scientifiques se sont isolés et ont laissé la science s’abstraire de la culture générale. Or, il n’y a pas d’avenir pour un savoir humain, quel qu’il soit, en dehors de la culture, et il ne saurait être de culture dans le monde d’aujourd’hui qui tienne la science à distance. »

L’école de l’à-peu-près
          L’Express du 27/07/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=447687

Le baccalauréat, qui coûte si cher à organiser, est devenu un diplôme sans valeur.
On annonce triomphalement un taux de réussite au bac de 81,9%. Et, sans coup férir, on ajoute sans rire: mieux qu’en 1968 (81,3%)! 1968, ça ne vous dit rien? Deux mois perdus, la révolution dans la rue et le bac pour presque tous. 2006: le CPE, un mois perdu et, de nouveau, une réussite éclatante. Un mauvais esprit pourrait en conclure que plus il y a de désordre lycéen et étudiant, moins on va à l’école, mieux on réussit! Conclusion: l’enseignement serait inutile.

La réalité est, hélas! bien autre. Ce baccalauréat qui coûte si cher à organiser est devenu un diplôme sans valeur. Les étudiants entrent à l’université sans avoir le socle de savoirs et de pratiques qui leur permettraient de réussir. Du coup, le premier cycle universitaire est une hécatombe. La faute n’est pas à l’université, mais au bac.

Si 82% des élèves méritent le bac, pourquoi ne pas leur donner le diplôme et faire l’économie de dépenses aussi considérables qu’inutiles? En vérité, notre enseignement secondaire est sinistré. Les programmes sont trop lourds, donc mal sus et rarement assimilés. Ils induisent des mécanismes de contrôle forcément laxistes. Puisque le programme est inassimilable, comment serait-il assimilé? Ainsi a-t-on instauré l’enseignement de l’à-peu-près. Ce que Pierre-Gilles de Gennes appelle l’ «enseignement mou».

Mais que vont-ils devenir, ces bacheliers «heureux»? Ceux qui sont enfants d’enseignants du secondaire ou de bourgeois, prenant des leçons particulières, ont eu des mentions au bac. Ils finiront à Polytechnique, Normale sup ou Sciences po (ils représentent les deux tiers du recrutement de ces écoles). Mais les autres?
Ceux qui ont eu la chance d’être orientés vers l’enseignement professionnel trouveront des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés. Ceux qui ont eu le bac avec un niveau moyen iront grossir les effectifs des facultés, nourrir les statistiques du premier cycle et, finalement, remplir les listes de chômeurs à l’ANPE! Il faut que ce pays cesse de s’illusionner avec des statistiques qui ne veulent rien dire. Si l’on soumet nos élèves aux comparaisons internationales, force est de constater l’inexorable abaissement du niveau moyen.

Intégrer l’école dans la vie 
          L’Express du 23/03/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=437492

Plutôt que d’allonger le temps des études, il faudrait sortir jeune du système éducatif et y revenir plus tard pour se former à nouveau
…/…
Tout cela résulte de l’extrapolation d’une phrase de Jules Ferry: «A l’école, on apprend le plus possible, ensuite on applique, car on n’aura plus le temps d’apprendre.» Ce qui, aujourd’hui est absurde: on allonge le temps des études alors que l’évolution des savoirs techniques et scientifiques exige l’inverse. Il faut sortir jeune du système éducatif (à tous les niveaux) et y revenir une ou deux fois dans sa vie, pour apprendre les nouveaux savoirs ou se former à nouveau. Toutefois, intégrer l’école dans la vie nécessite une véritable réforme du système scolaire et universitaire qui demande un accord profond avec les entreprises et le premier employeur de France: l’Etat.

De l’«a-démocratie»
     CPE     L’Express du 04/05/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=438063

Voter sans discuter, c’est psychologiquement licencier sans justifier! L’attitude du gouvernement a déclenché l’action de la rue
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Il y avait, en effet, dans la démarche du CPE, un élément intolérable pour tout homme épris de liberté: la possibilité d’interrompre sans raison le contrat de travail. C’était le retour à l’arbitraire. Par ailleurs, les similitudes entre le CPE et le CNE étaient les signes avant-coureurs d’un détricotage du Code du travail. Ce dernier a certes besoin d’un sérieux toilettage, tant il est devenu d’une rigidité et d’une complexité excessives. Il pénalise lourdement les PME, et donc l’embauche. Mais cette réforme nécessaire ne peut être faite qu’après une vraie négociation avec les partenaires sociaux. Or ceux-ci n’avaient pas été consultés avant l’annonce du CPE.
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Sus aux grandes écoles?
          L’Express du 29/06/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=442633

Fondre les formations d’ingénieurs ou de gestionnaires dans l’université ferait éclater le système.

L’idée d’une absorption des grandes écoles par les universités a été lancée par le ministre Goulard. Cette idée a été inscrite également dans le programme du Parti socialiste.

A la surprise de beaucoup, j’ai dit clairement qu’une telle modification était prématurée et n’était pas une priorité. Pourquoi ?

Si on avait à construire ex nihilo un système d’enseignement supérieur français, on inclurait en son sein les formations d’ingénieurs ou de gestionnaires, comme c’est le cas dans tous les grands pays du monde. Mais, entre cette logique et la réalité, il y a l’histoire, et, surtout, l’histoire des mentalités, dont on connaît la longue rémanence.

Les grandes écoles sont nées du refus de l’université d’enseigner les sciences de l’ingénieur. Contrairement à l’université, qui, depuis l’origine, a toujours mis le professeur au centre du dispositif, les grandes écoles y ont mis l’élève, le professeur étant au service de ces derniers. On dit ancien élève de l’Ecole polytechnique comme on dit professeur à la Sorbonne. Avec le temps, les grandes écoles ont établi une sélection sévère à l’entrée, se voulant par là même le symbole de l’élitisme républicain. Ce système des concours est aussi une spécificité française qui n’a d’équivalent qu’en Chine ou au Japon. L’université, en revanche, fonctionne sur la sélection progressive, autrement dit la distillation.

A ces différences philosophiques s’ajoute aujourd’hui une gigantesque dissymétrie économique. Les grandes écoles sont financées à la hauteur des grandes universités américaines, alors que l’université reçoit à peu près 2,5 fois moins. Tout cela fait qu’une fusion, ou, pis encore, une absorption feraient éclater le système.

Avec l’harmonisation européenne, nous avons commencé à amorcer un rapprochement permettant aux grandes écoles de décerner des masters, d’organiser des écoles doctorales communes avec les universités.

Le second pas ne pourra être fait qu’après avoir amené le financement des universités au niveau des grandes écoles. Alors, et alors seulement, pourra s’instaurer un dialogue fructueux sans rancœur, sans jalousie et sans peur. Ne mettons pas à bas un système qui s’améliore constamment pour satisfaire des idées théoriques ou des convictions idéologiques !

Les leçons de la géographie
          L’Express du 09/02/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=436923

Pour anticiper les conflits ou débattre de l’identité française, on oublie trop souvent l’évidence géographique

Il y a en France, depuis des lustres, des professeurs d’histoire et géographie. Et ce n’est pas un hasard si des grands historiens comme Michelet, Braudel et tant d’autres pensent que rien n’éclaire plus l’histoire des hommes que la géographie sur les ressources naturelles, les communications, le développement économique et le militaire.

La géographie est indispensable. Or on oublie aujourd’hui cette évidence. On ne peut, pourtant, imaginer l’Amérique de demain sans se pencher sur la géographie. Immigration asiatique à l’ouest, mexicaine et portoricaine ou cubaine au sud, européenne à l’est. Amérique conquérante de la mer – New York, Boston, San Francisco, Los Angeles – et Amérique de la terre et du Sud, conservatrice et traditionnelle, aujourd’hui majoritaire.

Si l’on veut comprendre les conflits des pays du Caucase, il faut se tourner vers la géographie, la géologie, la question des ressources minières et pétrolières. Pour anticiper les conflits de demain, qui seront liés au contrôle de l’eau, c’est vers la géographie des grands fleuves qu’il faut regarder: le Tigre, l’Euphrate et le Jourdain.

Cette exigence de la géographie s’applique, évidemment, à la construction européenne. L’Europe n’est pas une idée. C’est, certes, un projet, mais construit autour d’une histoire commune faite, hélas! de guerres sur un territoire. Si l’on veut un jour transformer l’Europe en une entité à laquelle s’identifieront ses habitants, il faut qu’à l’histoire et à la culture corresponde une géographie. Il est nécessaire, donc, de définir les frontières de l’Europe. Il peut y avoir débat sur l’Ukraine ou la Biélorussie. En revanche, les pays qui sont en Asie ou en Afrique ne sont pas en Europe. Il convient de le dire pour que se produise cette alchimie dont parle Braudel, qui accroche une histoire à un territoire. Tant qu’on oubliera la géographie, on ne construira pas l’Europe !

Si l’on avait tenu compte de la géographie en Palestine, on n’aurait pas installé cette partition entre la bande de Gaza et la Cisjordanie. Une absurdité meurtrière. Là encore, la paix passe par une prise en compte de la géographie.

En France, les débats récurrents sur notre identité oublient l’évidence géographique. La France est un hexagone, auquel les pouvoirs successifs ont donné des frontières «naturelles». La France d’hier, c’était aussi un empire colonial que nous avons légitimement abandonné, mais ce passé imprègne notre histoire et explique, en grande partie, notre présence au Conseil de sécurité de l’ONU. Notre nation a des origines multiples et tous les immigrés y ont apporté des coutumes et des cultures qui ont enrichi la culture nationale en s’y additionnant harmonieusement. C’est cette synthèse qui façonne notre nation et détermine les valeurs qui sont le socle de son identité sur un territoire qui en définit le cadre.

L’esprit chercheur
          L’Express du 20/04/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=437838

Il faut faire renaître le sens du progrès, le respect des nouveaux savoirs, la confiance dans la science.

L’Europe commence à s’inquiéter de son déficit en recherche et de la manière d’y remédier. Malheureusement, les déclarations émanant des autorités européennes n’invitent guère à l’optimisme. Toutes sont imprégnées de ce parfum bureaucratique et économiste qui n’a rien à voir avec l’esprit de recherche. Exemple: fabriquer un MIT européen. Cela relève du gadget et de l’ignorance !

D’abord, parce qu’on semble ne pas savoir ce qu’est le MIT (Massachusetts Institute of Technology): son fondement est l’association de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée. Le California Institute of Technology (Caltech), à Pasadena, obéit à la même démarche. Construire un institut de pures sciences appliquées est un contresens.

Ensuite, le MIT, aussi prestigieux soit-il (et je suis fier d’y avoir autrefois enseigné), n’est qu’une université d’excellence parmi au moins une douzaine d’autres, comme Harvard, Caltech, Princeton, Yale, Columbia, Chicago, université de Californie à Los Angeles, Berkeley, Stanford, Cornell, Johns Hopkins à San Diego. Une vingtaine, moins connues, également très bonnes, apportent des contributions décisives à la recherche américaine (avec par exemple de nombreux Prix Nobel ou des brevets importants). Hors de ce contexte hautement compétitif, le MIT seul ne serait rien! Si l’on veut développer un programme d’universités d’excellence en Europe (hors Oxford et Cambridge, qui le sont déjà), il faut élaborer un plan d’ensemble et créer un réseau d’universités réparties un peu partout en Europe. Mais il convient de bâtir à partir de ce qui existe déjà et sans considérations politiques.
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Vive la crise !
          L’Express du 22/06/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=442455

Est-ce bien le moment, en France, de privatiser l’énergie?
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A l’échelle mondiale, le transport aérien et routier sera de plus en plus cher. Loin de déplorer cette augmentation, il faut s’en réjouir: elle permettra de réguler naturellement les excès de la mondialisation. Avec le retour d’un juste prix pour le transport, les productions locales reprendront de la vigueur et les transports d’hommes et d’animaux se ralentiront, diminuant d’autant les risques de pandémie.

Les bénéfices gigantesques des sociétés pétrolières doivent permettre un investissement massif dans la recherche des nouvelles sources d’énergie, renouvelables ou non, et dans la prospection d’uranium. Peut-être faudra-t-il que les instances politiques internationales incitent les compagnies à le faire.
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Repenser les pensions
          L’Express du 01/06/2006
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=438564

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D’abord, les retraités sont des consommateurs et l’argent des pensions est largement recyclé dans l’économie. Il contribue à la croissance de notre pays. Ensuite, si la durée de vie augmente, c’est que le vieillissement physiologique pour un âge donné diminue. L’âge de la retraite doit donc être logiquement repoussé. Il faut, en fait, remplacer la notion d’âge de la retraite par la retraite choisie en fonction de la pénibilité du travail effectué. En aucun cas, la retraite ne peut être forcée.

Si l’on prend en compte cette évidence biologique, l’augmentation du nombre des seniors correspond à une certaine augmentation du nombre d’actifs qui seront des éléments créateurs de richesse. Le système par répartition peut donc continuer à fonctionner.

Demander aux actifs de capitaliser pour préparer leur retraite, c’est ponctionner sur la consommation, avec un effet boomerang sur la croissance au seul profit des banques et des sociétés d’assurances.
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C’est dans l’espoir que Claude Allègre vous aura convaincu que l’on trouve encore en ce pays des humanistes à l’écoute et près à défendre les valeurs pour un avenir meilleur, que je vous souhaite une "Bonne Rentrée".

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Une réponse à “C’est la rentrée – & Claude Allègre

  1. Bonsoir ma Domi,
    et bé dis donc, tu as du en passer des heures à construire ces deux billets…je viens de m\’y attarder passionnément et ce que j\’en retiens et que j\’ignorais, c\’est que ce Charles Messier est née pas tres loin de ma ville natale et dans laquelle j\’y ai encore une amie..
    ensuite…je voulais te parler du phénomène super nova et je vois que tu y fais également illusion..mais sais tu qu\’il y a quelques jours de ca, il a été observé une explosion de l\’une d\’entre elles et pour la premiere fois à l\’oeil nu??? (je t\’enverrai l\’article si tu n\’as pas su)
    c\’est vraiment un phénomème inimaginable…
    Mince j\’en ai tellement lu, que je ne sais meme plus sur quoi je voulais en venir encore!! lol
    bon je passe sur ton billet rentrée…
    ce que tu dis est comme toujours d\’une véritée absolue et tellement bien écrit! je suis tout à fait d\’accord avec toi lorsque tu dis qu\’il ne faudrait ne pas s\’attarder sur de longues études mais plutot y revenir en plusieurs étapes, apprendre et toujours évoluer, se perfectionner pour se remettre à niveau…enfin c\’est ce que j\’ai pu comprendre..
    toutes ces études qui demandent beaucoup d\’argent et qui parfois n\’aboutissent pas vraiment à grand chose…et bien moi je dis…mieux vaut l\’expérience que la théorie!
    enfin il y aurait tant à dire….comme pour le CPE et autre!!!! mais je suis tout à fait de ton avis ma Domi
    je ne vais pas refaire ton billet, tout y est trop bien exprimé!
    tu es une encyclopédie à toi toute seule! lol
    félicitation…
    bonne chance pour samedi (j\’y pense!)
    et merci pour le bisous aux enfants
    gros gros bisous à toi ma Domi
    No\’

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